mercredi 2 novembre 2011

Les Chasseurs-cyclistes, again.


Les Conquérants de l’Irrationnel

Voyager dans des places qui furent des endroits mais n’en sont désormais plus,
D’avoir trop ou trop vite évolué.

Hérissons morts aux bords des routes que foulent indifférents
Les récupérateurs et les chasseurs-cyclistes.

Les récupérateurs marchent en pleurant au milieu des autoroutes vides
Tandis que les glaneurs aveugles creusent la terre de rizières asséchées.

Foule fabuleuse dans des campagnes aux cieux noirs
Granges aux portes marquées systématiquement du même symbole.

Si on a chacun nos sacs de couchage, c’est fait exprès.
Si on vit dans des tentes,
Si on dort dans les fossés, couverts d’une bâche,
Si on communique via nos laptops béants et bleus.

Nous sommes les chasseurs-cyclistes,  formes souples et lasses,
Les chasseurs-cyclistes poursuivis par la fin du Monde et menés par des enfants

lundi 24 octobre 2011

Tyrannosaure



A cette époque, Marla était pionne dans un collège de ZEP pas loin de Valencienne pour payer ses études de géologie. Sincèrement désolée du Monde, elle passait tout son temps à  discuter avec les enfants, parmi lesquels elle trouvait le réconfort d’écouter. Vers novembre elle rencontra Titeuf.
Il animait, semble-t’il, des débats pseudo-scientifiques parmi ses camarades.
Il ne lui manquait qu’une estrade pour parfaire son rôle de personnage, avec toute cette attitude d’index levé, de mains jointes en signe d’explication, de front plissé par l’autosatisfaction.
Il avait sa place attirée dans le fond de la cour de récréation, près de l’entrée, et son petit public régulier.
Marla, qui faisait sa ronde frileuse –ayant été reléguée à l’extérieur par une sous-chef légèrement tyrannique-  tomba un matin sur une de ces séances de rhétorique. Il y avait peu de monde à cause du froid. Elle fut d’abord choquée par l’assurance et l’allure de colloque du parler de Titeuf, trouva cela déplacé pour un garçon de son âge (à cette époque, il devait avoir onze ans). Puis elle en fut curieuse jusqu’à y trouver un intérêt.
Voici le discours de Titeuf.

"Les tyrannosaures avaient survécu à toutes les autres espèces du genre dinosaurien, grâce à une férocité dont ils se vantaient.
Ils restèrent sur terre un peu plus de huit cent mile ans (et des brouettes) durant lesquels ils furent entre 6 et 15 millions à parcourir le globe.
Ils vivaient en petits groupes semi-nomades de quinze à trente individus, de la chasse, de la pêche, et de la production céréalière.
La structure sociétale tyrannosaure obligeait à de très longues périodes d’isolement mélancolique, de groupe en groupe, à travers les étendues inhospitalières du Paléocène. Ces périodes d’errance pouvaient durer une vingtaine d’années, symbolisaient le passage à l’âge adulte, et nécessitaient des déplacements très nombreux.
Pour se déplacer les jeunes tyrannosaures prenaient le train. L’avion n’avait pas encore été inventé et le bateau ne présentait aucun intérêt à leurs yeux.
La vielle compagnie Pangée Express, mise en place au tout début de l’ère carbonifère,  avait subi les aléas de la tectonique des plaques, et devait fréquemment être remise à neuf. Durant tout le Mésozoïque, une compagnie de diplodocus s’occupa de la Pangée express, mit en place les lignes provisoires en temps de glaciation et les lignes souterraines pour relier les continents entre eux là où la mer les séparait.
Avec l’extinction des diplodocus –affaire dans laquelle les tyrannosaures ne furent pas étrangers-  vinrent les complications. Une OPA, menée par des rongeurs primitifs, ne fit qu’une bouchée de la vielle Pangée Express, mais géra si mal les ponts et chaussées, qu’en à peine cent mille ans, il devint difficile de joindre deux destinations éloignées. Les tyrannosaures formèrent certains de leurs ressortissants à devenir cheminots, ingénieurs ; mais le projet fut assez vite enterré à cause de conflits problématiques entre les membres du personnel.
Dans les octante à nonante mille ans qui suivirent la société de chemin de fer fut rachetée par des koalas, des couleuvres et des hérissons, qui donnèrent une dizaine de noms différents à l’entreprise mis négligèrent les questions structurelles. Dans le même temps, les prix ne cessèrent d’augmenter.
L’un dans l’autre, les compagnies qui s’occupèrent de l’ancienne Pangée Express, toutes pleines de bonnes intentions qu’elles furent, ne purent faire au mieux que de la maintenance.
Cent mille ans passèrent encore et les déplacements longue distance n’intéressèrent bientôt plus que les tyrannosaures, dans un écosystème qui changeait.
 Un consortium d’entreprise qui gérait l’économie mondiale décida que les tyrannosaures devaient eux même gérer le réseau. Après une catastrophique période d’essai de cinq mille ans, les tyrannosaures firent un massacre mémorable parmi le consortium, s’illustrant notamment quand ils menacèrent de manger tous les opossums, sans exception. Les membres du consortium composèrent un pamphlet des plus acérés à l’encontre des tyrannosaures, les décrivant comme des monstres réactionnaires.
Pendant encore trois cent mille ans, de petites sociétés gérées par des diatrymas, des loutres, gagnèrent un peu d’argent sur ce filon financier en voie d’extinction.
Mais le système se mourrait et, progressivement, les groupes de tyrannosaures furent isolés les un des autres.  A cause d’une libido désordonnée et d’un sens du territoire particulièrement aigu, de terribles conflits éclatèrent.

Le monde se désintéressa des affaires des tyrannosaures pendant que le réseau disparaissait lentement : il y avait tant à faire dans un monde encore en déffrichage. Ils furent obligés de se mettre à la marche et vinrent se fossiliser au bord de la route, maussades, un tas de cailloux comme dernier oreiller.
Ils survécurent de raids violents et de regrets amers pendant une centaine de milliers d’années.
Puis, au fond des vallées humides, les ultimes dinosaures moururent cacochymes, mâchonnant en pleurant les os de leurs derniers petits-enfants."

Titeuf, vers ses vingt-cinq ans, écrivit ce texte à partir des souvenirs qui lui restaient de cette récréation de novembre, et gagna un pécule sur la publication, qui lui permit de vivre pendant un an et demi. Ce fut sa seule œuvre qui connu un peu la notoriété, les autres ne firent que du charbon de bois pour ses regrets et angoisses.

lundi 10 octobre 2011

Un rêve


C’est George qui me parle de M,  M… a commencé à faire brûler des choses –oh, très peu, tu t’en doutes- des petites choses dans le coin de sa cheminée, elle dit que son appartement est désormais très grand, très sombre… très calme. Je confirme très calme presque en même temps que lui, par un hochement du chef et quelque chose de verbalement approbatif. Parce qu’à ce moment-là j’ai une vision très claire de l’appartement de M,  de ses hauts plafonds et j’y vois l’image fugitive d’un –allez savoir, je ne contrôle pas ces visions- l’image d’un tombeau. Et dans le même temps j’entends la voix téléphonique d’M, faible et confiante.

George et moi sommes dans le bus. Le chauffeur, invisible, très lointain porte sa machine le long des quais froids et humides. C’est vrai que ce mois-ci il fait encore froid, et le froid semble frais. Les boutiques le long des quais ont été désertées, puisqu’on a dépassé XIX heures, et le plancher de certaines d’entre elles est couvert d’eau, l’eau du fleuve en crue.

jeudi 29 septembre 2011

dimanche 4 septembre 2011

Cher Janvier

Cher Janvier


Tu me manque déjà alors que tu n’es pas parti. Je te sens mourir cependant, je te sens t’endormir et laisser ta place à d’autres, toujours à d’autres, parce qu’aucun d’entre  vous ne peut exister simultanément aux autres.
Cher Janvier je te souhaite le meilleur repos, je ne sais pas où tu vas et je ne peux pas te suivre. Je le regrette beaucoup.
J’aurais aimé te prendre dans mes bras, ou que tu m’enlace ; mais je suis incapable de t’enlacer, et c’est au moment ultime de ta mort, à ton chevet de chose malade, que je te tiens- ou crois te tenir- enfin.
Si je m’endors, tu me contiens totalement, cher Janvier ; et souvent je me suis endormi contre toi, dans ton confortable environnement, fortement calfeutré. Ton sommeil était bleu ou  gris.
Souvent je me suis endormi contre toi et j’ai imaginé être ailleurs, ni avec toi ni avec qui que ce soit d’autre, confondre temps et espace comme une seule et même ligne, fine, déplorable ; mais même dans ces moments de doute je n’ai jamais cessé de t’appartenir Janvier, bien malgré moi.


A bientôt ;

I.D.

Dear January


I already miss you though you’re not gone yet. I can feel you dying however, I feel you falling asleep and leaving your place to others, always others, because none of you can exist simultaneously to others.
Dear Januray I wish you the sweetest rest, I don’t know where you’re going and I can’t follow you. I regret it a lot.
I wish I could hold you entirely in my arms, or that you embrace me; but I’m unable to embrace you, and at this very moment of your death, standing at your bedside, I hold you- or believe that I hold you- at last.
If I fall asleep, you contain me completely, dear January; and many times I’ve fell asleep against you, in your comfortable environment. Your sleep was grey or blue.
Many times I’ve fell asleep and I imagined that I was somewhere else, not with you or anybody else, confusing time and space as if it was one thin, miserable line; But whenever I was doubting, I never stopped belonging  to you, January, reluctantly.

See you soon,

I.D.

mardi 9 août 2011

Chasseurs-cylcistes

Les Chasseurs-cyclistes parcourent le monde en groupe de six à dix personnes, petites communautés de récupérateurs fendant mollement l'air froid de l'Hypnozoïque. Epinglés à l'horizon, ils sont d'absurdes formes arquées au-dessus de guidons fous. Le soir ils campent dans les villes qu'ils traversent, et sur les marchés et les places on les épie avec méfiance.
Mais les Chasseurs-cyclistes sont les seuls à connaître encore les secrets des autoroutes désertés et des routes abandonnées depuis longtemps. Le ciel roule sans joie au-dessus de leurs visages, et le monde entier semble réclamer quelque chose que personne, pas même les Chasseurs-cyclistes, ne pourrait lui offrir.
The Hunters-cyclists travell all over the world by packs of 6 to 10 people, small scavengers communities slowly slicing the cold air of Hypnozoica. Pinned up on the horizon, they are absurd shapes hooked over mad handlebars. In the evening they camp in the cities they go across, and on the markets and squares they spy on them, with mistrust and suspicion.
But the Hunters-cyclists are the only ones to still know the secrets of abandonned highways and disused roads. The sky rolls  over their faces without any joy, and the world seems to claim something that nobody, not even  the Hunters-cyclists, could offer. 
 Dessin réalisé pour Camille M.A., this drawing made for Camille M.A.  


Ce dessin fut réalisé à partir d'une idée de Boris Sedikovi, qui s'intitulait "Le cinquime cavalier de l'Apocalypse", This drawing has been made from an idea by Boris Sedikovi, wich was entitled "The Fifth Horseman of the Apocalyps"

lundi 1 août 2011

Premiers fragments sur l'hypnozoïque

Prélude à la révélation.

John Szetla passait du temps à attendre derrière son guichet et il lui venait ces idées de curieuses théories.
« J’adore ce boulot, oui je l’adore et ce lieu est loin de m’être désagréable, avec ses règles absurdes et ses habitants-employés. Tout y est tardif, tout y est rocailleux et tardif. Tardif, c'est-à-dire comme l’ambiance fin de siècle dans laquelle on se trouve, tardive comme le crétacé tardif, ère de volcanisme lent et toxique, une époque d’approfondissement thermique et de repères violement suragencés.  Une époque de séismes mous et de folie. Voilà, l’hypnozoïque tardif est en chacun de nous, comme le blues du lundi matin… suant de son retard, fleurant encore le lit… Ce curieux arrangement de ruines pour toujours plantées sur notre grand champ gris comme des monolithes de land art.
Tardif ou décadent, les conquérants fragiles de la fin du Monde. Une époque tardive n’est pas un sinistre épilogue de douloureuses réjouissances ; l’hypnozoïque est une pause le long de la route ou des routes ou des rails perdues, à l’orée d’une nature curieusement inexplorée, laissée en friche. Un moment d’égarement après un long rêve étrange et un réveil difficile, les quelques minutes au lit après une fausse route d’envergure. »

Voici donc les premières ébauches de textes concernant l'Hypnozoïque. Si je me surveille un peu, le texte sera terminé vers novembre 2011 (superstition, sans doute, conduisant l'échénance autour du sombre mois, et surtout de celui-là, 11/11.) Suite à suivre.
Au fait, je ferais paraître des articles -là encore, humble superstition, soyez bons de me pardonner- jusqu'au 200ème, et je m'arrangerais pour que l'ensemble (y compris la migration vers une nouvelle plate-forme) soit finit au quatrième anniversaire du blog.
A tous, merci de votre attention.