mardi 2 juillet 2013

Fragment sans titre

Je sais où tu es, je sais où tu te trouves derrière les montagnes et dans une ville au milieu des forêts, je sais comment me rendre là où tu vis et je sais que tu m'accueillerais si j'arrivais à l'improviste. Je sais comment et où te joindre, je connais les adresses, les canaux et les connecteuses. Mais au fond je préférerais devoir te chercher quelque part sur le continent, de la même manière que je dois chercher de la nourriture, du travail et un endroit où dormir.



vendredi 21 juin 2013

Le long d'une ligne.


On va le long d’une ligne. Le sol n’est pas stable.
L’horizon immense est humide et l’humidité semble
continuellement descendre du ciel pourtant très
lumineux. Il y a de la buée dans chaque espace du
ciel. Le sol est vierge de toute trace de chaussure, et
l’humidité ambiante y a créé des flaques à perte de
vue, un très grand nombre de cratères remplis disposés
irrégulièrement. L’humidité se condense autour de ma
bouche et sur mes cheveux en formant des gouttes. C’est
un pays de flaques. Je n’en ai jamais entendu parler et
on le traverse depuis déjà longtemps. La région est vide,
il n’y a pas d’animaux, pas de ville ou de construction,
et pas de relais. Les pieds s’enfoncent loin dans la boue/
mousse/eau/sable. Les pieds ne rencontrent pas de dureté
à la fin de leur course, ce qui rend la marche pénible et
lente, puisque chaque pas retire du sol de l’argile et de
la vase. Il n’y a rien à voir, il y a une crête montagneuse
grise très loin vers l’endroit où on se dirige.

Son ombre ne se dépose pas sur les cimes sèches de
toutes les plantes, elle se découpe sur les plus basses.
Depuis qu’on est entré ici, je remarque un très grand
nombre de plantes que je connais déjà un peu de vue,
d’autres que je reconnais formellement, d’autres que
je ne connais pas mais qui ressemblent à certaines que
je connais et d’autres qui ne ressemblent à rien dans
ma tête. De leur aspect je peux déterminer si on peut
les manger ou pas. Les plantes inconnues sont en plus
nombreuses que les autres, une proportion d’environ 6
pour 10. Il y a des animaux en très grand nombre : des
libellules, des scarabées, des  mouches, des moucherons,
des éphémères, des moustiques, des taons, des abeilles.
Ils forment un nuage de petits points en suspension lente
ou agitée, et chaque point a une trajectoire différente très
précise. 

Son ombre fait un écran entre mes yeux et le soleil
immense qui occupe toute la largeur du ciel et qui
enflamme une grande partie de la terre. Aussi je cherche
à me mettre le plus possible derrière lui. Le pire c’est
le clignotement provoqué par le passage de la lumière
à son ombre. Le sac est lourd, mes jambes ne suivent
pas avec un rythme aussi rapide que celui des autres,
mes chaussures trop grandes et mes pieds trop lourds,
j’ai également mal à l’intérieur, mais je ne saurais pas
dire où. Je pense très fort à la nuit. Je revois la nuit, et
les couleurs plus compliquées qui la composent. Je vois
les autres dormir sans se soucier, alors que moi je me
souciais et que ces soucis m’empêchaient de dormir.
Même si je ne veux plus dormir depuis un long moment,
j’ai très envie de me coucher. Mon corps veut la douceur
du lit et les autres corps immobiles produisant de la
chaleur autour de moi.

J’entends sa cheville craquer à chaque fois qu’il fait un
pas. C’est inquiétant car ça fait quelques kilomètres que
j’entends ce bruit. Visiblement il boite, mais je ne me
souviens pas l’avoir vu tomber. J’entends tousser envi-
ron une fois par minute : un son profond émanant des
intérieurs. Renifler souvent aussi. Je crois qu’ils sont
tous malades même s’ils ne se l’avouent pas. Ça pourrait
être l’humidité de la nuit. Et aucun des trois ne parle,
pas plus que moi, puisqu’ils marchent les un derrière
les autres en suivant la piste, pour ne pas s’en écarter, et
qu’ils ne se voient pas sinon de dos.  Pour parler il fau-
drait s’arrêter, et ce n’est pas au programme. Pour parler,
il faut ne plus avancer dans une seule direction mais
accepter toutes les directions à la fois, c’est à dire ne plus
bouger et s’asseoir en cercle.

samedi 18 mai 2013

Le Rire qui Créa l'Univers



C’était un temps de cauchemar. Tout était gris sous un ciel bleu, pas une goutte de pluie, les guerres et les famines avaient tout ravagé et la fin du monde semblait venue. Un petit groupe cependant subsistait, très fatigués, tous malades de la vielle maladie du sommeil qui avait déjà asphyxié tous les animaux et toutes les plantes, et qui avait cassé ou rendu méconnaissable ce qui ne vit pas. Ils s’étaient regroupés, trop fatigués pour penser à demain. On ramassait alors les ruines d’un monde imparfait et violent. On les ramassait, les classait, les ordonnait afin de leur faire une sépulture et tout progressivement partait au tombeau. Ceux qui les maniaient sentaient aussi leur fin prochaine et ils avaient l’intention de se faire disparaître dans les tombeaux asphyxiants pour toujours, entourés. Au moins l’éternité de la fin du Monde leur appartiendrait-elle.
L’imbécile de service qui lui, n’était pas couché mais suivait scrupuleusement le mouvement des autres, se chargea trop et trébucha sur ce qui lui tombait des mains. La plus sage et importante de ceux qui n’étaient pas couchés, voyant ça, ne put réprimer une envie de rire. Ce qui aurait dû être un sourire amer s’esclaffa et se contracta en sa poitrine de vielle desséchée, et elle se plia en deux, de rire, sans savoir pourquoi. Comme elle s’appuyait contre le linteau du tombeau vers lequel le dernier enterrement de l’histoire s’acheminait bon train, quelque chose céda –tout était ruine, même les tombeaux- et la dernière porte s’effondra. La quinzaine de vioques estourbis écarquilla les yeux pour contempler la fin de leur fin. Comme la matriarche ne pouvait s’arrêter de rire, l’imbécile de service s’approcha d’elle pour la secourir. Elle continua de rire, toussa, alterna rire et toux, puis mourut. L’imbécile se mit à rire bêtement, un peu moins fort et un peu moins vite que la matriarche, puisqu’il était bête. Maintenant, comme un gloussement gagnait les autres, tous auraient pu mourir du premier rire de l’histoire. Mais ce rire fit tomber d’autres choses, et ce fut le cri du baptême de toutes les nouvelles choses qui sortirent de la terre. L'imbécile secoué de rires fit tomber de sa poche un haricot et une graine de maïs, promis au dernier musée-tombeau de l'histoire. Les deux touchèrent le terre. Tous les autres avaient oublié ce qu'était un haricot ou un grain de maïs, et personne n'avait pensé à les mettre dans la terre du désert -personne n'aurait pu, ça faisait déjà plusieurs générations que plus rien ne poussait. La Déesse-à-une-jambe, qui était la seule qui se souvenait comment planter des haricots et des grains de maïs -elle en avait un souvenir vague, instinctif- sortit du tombeau en entendant le rire fatal de la la Matriarche. Elle se précipita et enseveli le haricot et le grain de maïs. Elle recueillit sur la joue de la Matriarche morte la dernière larme de rire de l'histoire et la déposa sur le petit monticule de poussière. De la naquît la première Jungle de l'Histoire, qui ravagea la terre et les monuments, qui mit à bas les tombeau des derniers vieux, qui les obligea à se planquer alors que des essaims de mouches et de moustiques les poussait dans les retranchements. Vinrent les premiers floods de l'histoire, car là où il y a jungles, il y a pluies et ruisseaux boueux. Puis les descendants de Derniers Vieux et Vielles se regroupèrent sous des tentes pour se raconter en tremblant l'histoire du Rire qui Créa l'Univers, un sourire au lèvres, et l'irrépressible envie de rire au fond du ventre.

Là où ils font l'éléctricité


Le décor gronde. Un énorme animal ou une énorme machine quelque part dans le bâtiment, la plus grande communauté d'ourdis de l'univers. Il sort un jour d'hiver et va à l'usine. La Dynamo Principale, cent cinquante ouvriers font tourner une énorme roue horizontale. Lancée elle continue à tourner par inertie et produit l'électricité, le pouwer sans lequel il n'y a pas de lumière, alimentant vingt mille foyers, la roue d'acier de milles cinq cent tonnes vielle de cent trente ans (cent trente ans à tourner sur elle même) la roue d'acier s'arrête progressivement et il n'y a plus d'électricité, plus de pouwer, les cent cinquante ouvriers du pouwer reprennent leur places autour de la dynamo centrale, ils courent et suent, la roue atteint une vitesse de trois cent kilomètres à l'heure, les batteries partout chargent et l'électricité saigne dans les câbles, dans les câbles qui chauffent de folie, les ouvriers courent puis s'écartent et laissent tourner comme le bâtiment entier tremble et la roue immense grince, tout le monde pense alors avec joie à l'endroit où ils font l'électricité, la salle chauffe les endroits chauffent les écoles chauffent et les familles chauffent, les fils, les périphéries s'illuminent, les laptops s'ouvrent et les sons y passent. Le pouwer retombe progressivement, la tension s'estompe et les ouvriers et ouvrières de la lumière reprennent leur place, sont rejetés sur les côtés par la vitesse et la force de la dynamo, ils s'effondrent suant sur les canapés de la Rest-Zone, prennent tchai ou kofi et sucent des tiges de betterave à sucre psychotrope, les batteries ainsi chargées tiendront quatre heures et trente minutes, en attendant les quatre bouches béantes du secteur donnent encore des signes de tension alternative.

samedi 16 mars 2013

La maison-village

Envie de course dans la boue et dans le froid, pas eu le temps en sortant de prendre les affaires essentielles, tout me résistait tellement qu'à la fin non, pas de soucis, j'accepte même que le soleil ne se lève pas, qu'il mette de plus en plus de temps à se lever, dans ce mini-moment d'absence à mes fonctions intellectuelles j'avais le choix entre dormir et ne pas dormir, je me suis redressé parmi les couvs et j'ai regardé les autres dormir, ils dormaient, et je suis parti rapidement enfilant uniquement une cape fermée devant, parti en courant entre les immeubles récupérer la machine à texter chez Macha, il faisait glacial des mains et des pieds nus mais j'avais chaud à la tête, moi pauvre dépossédé n'avais rien, pas même le souvenir d'un texte de Lowkow car elle était la seule à me texter dans le noir, le soir venu, par delà les plaines où courent les câbles infinis bouclant l'immense boucle électrique territoriale,

Trak l'info, il était venu depuis une grande ville travers la nuit gelée (moyen de transport inconnu), et avait trouvé l'espace immense et vierge, et l'endroit en entier était sur la boucle du grand câble est-ouest qui passe sous la terre, la chaleur s'échappait par des centaines de fenêtres crevées, et en petit groupes de huit, en petites équipes de skavengers, on déplaçait les carreaux pour faire un feu dans le trou... Sous les carreaux, pas de terre, du béton coulé... Sous le béton le sous-sol, inondé depuis très longtemps, et toute l'installation électrique ancienne est morte, tout ce qu'on utilise dans le château-village marche quand branché à une dynamo qui s'active au moins à deux... l'âtre brille, dehors le vent souffre les arbres et les forêts qui ont poussé plus haut que la maison-village, dont des portions importantes se sont depuis longtemps effondrées... Bien que les générations d'anciens skavengers ont entretenu la place face à l'établissement des végétaux... Quasiment rien à manger, la tête penchée en direction du bas avec un air absent, méchant, travaillant, c'est le vent... Et la joie de tuer à manger, que les miettes dispersées dans la prochaine rivière, très très grand bâtiment-maison-village attaché à une route qui fut large de trente mètres mais qui n'a plus que la largeur de deux cyclistes roulant côte à côte à distance amoureuse, le soir d'hiver quand ils reviennent de la ville sur leurs rouilles qui couinent chacun leur tour, les bras chargés de légumes.

dimanche 10 mars 2013

C'est une plaine - suite


Every turnip, every potato, as sacred as my own body. Food whispered in the dark and eaten by a skelton fire. Everyday fighting for a sack of crisps and a glass of cold water... Everyday is a countdown until the final potato and the final grain of rice. As we walk toward the end of beans and the end of carrots. Better eat them before they go toxic.

On entend le bruit d'une pulsation électrique réchauffant les circuits et alimentant les batteries, de la dynamo hurlante chassant l'humidité, d'une région entière tendue entre pouwer et dampité, et tous les mâts de fer sont tombés à la préhistoire de ce temps-ci, et ils ont nervuré le toit d'une grande maison familiale en amont du fleuve orange, et les câbles étaient tendus sous l'eau, protégés par la vase, et le cuivre a servi à réparer des milliers d'ourdis, de comps dans les sacs à dos des ordinolâtres, et dans la nuit tu tires sur le starter de l'ordinateur, et subitement ça sent les circuits chauffés et les résistances, et je vois le blanc de ses yeux chauffés à bleus et rendus phosphorescents par le lumière venant du petit écran, et en pensant elle danse sur les touches écrivantes dont la moitié manquent, quand elle me textait dans la nuit, et que tout passait dans des câbles fatigués, il fait bien trop froid, les changements de vitesse ne répondent plus, ni les freins, il doit y avoir une rupture de communication, le processus doit être grippé, on met les batteries dans nos sous-vêtements pour qu'elles ne meurent, déjà l'encre a gelé dans les stylos et ton cerveau ralentit dans la neige

mardi 19 février 2013

Ouestland



C’est une plaine longue, bleue-du-dessus, jaune et beige du dessous, il y a un tracteur rouillé dans les buissons, des corbeaux perchés au sommet des arbres qui restent, les arbres sont plantés comme des allumettes, à intervalles réguliers, c’est une région mouillée et déserte, déserte d’être mouillée, une région inconsciente, une région crève-la-fin, avec des opossums en bande et des rats qui complotent en te regardant passer, des rats pêcheurs dans les étangs, c’est une zone où il pleut tout le temps, chef lieu Misère, villes principales Déprime et Déchet, Geek, Guerre et Gueux, des points dérelictés de la largeur d’un lit sur la carte brun beige, un gros beau ouesteland, une terre large déwastés, tout petit tout plat avec un petit élevage de Racochons tenu par un fermier mal-aimé, et des forêts très humides et très dangereuses, avec de ces trous d’eau déprimés comme si la table s’était enfoncée sous le poids des neiges de l’hiver, de ces neiges lourdes et trempées, de cette eau trempée-mouillée, des trous-d’eau dans la forêt là où tu t’y attends pas, là où tu peux tomber, un pays-sans-pause, un pays-sans-titre, déqualifié, avec des élections libres pour les quatre cent et quelques Redneks qui y ont fait leur trou, leur trou d’hiver où passer la nuit dans une cabane en carton ou dans un van, un de ces sweetmobilehomes [souhit-mobil-home] roulants avec une dynamo pour quarante habitants, de vrais Redneks avec l’heureux désespoir tranquille dans les yeux et le reste du corps, des éleveurs de Racochon, Sus Norvegicus, des Grognants-rongeurs, des Fouisseurs-hilares, des Hunter-cyclists, des Bonjour-au revoir, des Stalkers, des Skavengers, des Ouestlanders, des artistes de la débrouille ou des Prodlimpro. Une belle brochette de prophètes. Le dieu qui nous a fait avait une main en moins, un pied en moins, un autre dieu que lui, un dieu plus ancien les lui a coupé, pour le punir ; Elle et moi, de la craie sur le visage, on croise, on croise notre épopée invisible, elle et moi, Hel et Marla, perdues-paumées ;  Uhli et Selma ; Sloko et Rob, Lomo et Staga.